Perit ut Vivat

Réforme de Lyon – Régime Écossais Rectifié

Catégorie: Histoire

Ne posons pas de bornes à l’amour de l’Être infini

philippe-de-champaigne-christ-en-croix

 

« Le sang répandu au Calvaire n’avait pas été seulement utile aux hommes, mais aux anges, aux astres, et à tous les êtres créés ; ce qui ne paraîtra pas surprenant à celui qui se rappellera ce que saint Paul a dit : ‘‘Il a plu à Dieu de réconcilier toutes choses par celui qui est le principe de la vie, et le premier-né entre les morts, ayant pacifié par le sang qu’il a répandu sur la croix, tant ce qui est en la terre que ce qui est au ciel.’’(Coloss. I, 20. Ephes. I, 10).

Et si toutes les créatures gémissent (Rom., VIII, 22), suivant la profonde doctrine du même apôtre, pourquoi ne devaient-elles pas êtres toutes consolées? (…) Au commencement du Ve siècle de l’Église, c’était encore une opinion reçue que la rédemption appartenait au ciel autant qu’à la terre, et saint Chrysostome ne doutait pas que le même sacrifice, continué jusqu’à la fin des temps, et célébré chaque jour par les ministres légitimes, n’opérât de même pour tout l’univers.

C’est dans cette immense latitude qu’Origène envisageait l’effet du grand sacrifice : ‘‘Mais que cette théorie, dit-il, tienne à des mystères célestes, c’est ce que l’apôtre nous déclare lui-même lorsqu’il nous dit : Qu’il était nécessaire que ce qui n’était que figure des choses célestes, fût purifié par le sang des animaux; mais que les célestes mêmes le fussent par des victimes plus excellentes que les premières (Heb., IX, 23). Contemplez l’expiation de tout le monde, c’est-à-dire des régions célestes, terrestres et inférieures, et voyez de combien de victimes elles avaient besoin !… Mais l’agneau seul a pu ôter les péchés de tout le monde.’’ (Orig., Hom. XXIX, in Num.).

Ne rapetissons pas misérablement l’Etre infini en posant des bornes ridicules à sa puissance et à son amour. »

(Joseph de Maistre, Eclaircissements sur les sacrifices, 1821).

Publicités

Les chefs de l’Eglise ne connurent les vérités de la doctrine que pendant les six premiers siècles du christianisme

Ambroise

« Voyant dans Dieu et dans l’homme, déchu de son état glorieux, les deux points extrêmes de l’ordre spirituel [ceux qui ne sentent point encore la nécessité d’une intervention directe et personnelles de la Divinité dans l’acte d’expiation satisfactoire que l’homme doit à la Justice divine, ceux-là], supposent dans les classes angéliques des agents spirituels intermédiaires assez purs et assez puissant pour rapprocher l’homme de Dieu, sans qu’il soit nécessaire que Dieu même se soumette à l’incarnation.

Le doute et l’erreur de ceux-là ne proviennent que de l’ignorance dans laquelle sont tombés généralement les hommes depuis longtemps sur la cause occasionnelle de la création de l’univers, sur les desseins de Dieu dans l’émanation et l’émancipation de l’homme, sur sa haute destination au centre de l’espace créé, et enfin sur les grands privilèges, la grande puissance et la grande supériorité qui lui furent donnés sur les tous les êtres bons et mauvais qui s’y trouvèrent placés avec lui. 

Toutes choses que les chefs de l’Eglise chrétienne, auxquels la connaissance n’était presque exclusivement réservée pendant les cinq à six premiers siècles du christianisme, ont parfaitement connues.

Mieux instruits sur ces points importants, ils en auraient conclu que pour réhabiliter un être si grand, si puissant, il fallait Dieu même. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Traité des deux natures, 1818).

Dégagés de la servitude de la loi, nous sommes devenus esclaves du Verbe

jesus_22_003

 

« Initiés, nous étions autrefois ensevelis dans les ténèbres, nous sommes maintenant la lumière du Seigneur ; c’est pourquoi les anciens appelèrent l’homme d’un nom qui signifie lumière. Ainsi l’espérance de ceux qui ont cru n’a point été trompée ; ils reçoivent dès à présent les arrhes de la vie éternelle ; car le Maître leur a dit : qu’il soit fait selon votre foi.

Voilà l’effet de cette œuvre divine en nous : nous ne sommes plus les mêmes hommes. La grâce de J.-C. a brisé nos liens, notre esprit a reçu une lumière éclatante ; mais les hommes qui sont encore dans les ténèbres ne peuvent concevoir comment la grâce nous a éclairés par la foi. Ils ne peuvent concevoir qu’étant ainsi dégagés de la servitude de la loi, nous sommes devenus esclaves du Verbe qui est la lumière du libre-arbitre : Je vous rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux simples et aux petits : oui, mon Père, cela est ainsi parce que vous l’avez voulu. 

Que celui donc qui veut obtenir ce prix dompte la concupiscence et ses désirs charnels, qu’il abjure l’orgueil de la science humaine. C’est par cette victoire qu’il obtiendra la foi qui régénère l’esprit, éclaire l’intelligence et embrase le cœur par le feu et la lumière céleste (Clément d’Alexandrie dans son Pédagogue, chap. 6).»

 

(Jean-Baptiste Willermoz, Mes pensées et celles des autres, mises au jour et publiées pour la première fois par Robert Amadou, pensée 27, Renaissance Traditionnelle, n° 30 avril 1977, pp. 103-104).

Tout Esprit porte sa propre Lumière tant qu’il n’est point incorporisé dans la Matière

« Les Eléments de toute Corporisation quelconque ont été primitivement renfermés dans le Chaos ; au moment de son explosion et par le ministère des Agents secondaires qui y ont inséré un Principe de Vie passive, ils sont devenus les trois Eléments de la Matière Feu, Eau et Terre, ayant une destination future que l’homme a anticipée.

Voilà les Ténèbres qui proviennent de la Matière et ne sont point dans aucun cas une Lumière, car tout Esprit bon ou mauvais porte avec lui sa propre Lumière tant qu’il n’est point incorporisé dans la Matière où il la perd, ce qui expose l’homme égaré ou mal instruit à tant d’erreurs et de méprises dans ses visions.

Ainsi quand on parle des Ténèbres qui obscurcissent l’homme on veut parler des Ténèbres et de l’Obscurcissement de son intelligence et nullement de ce qu’on entend vulgairement par Ténèbres ou Lumière. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Turckheim, 12-18, VIII 1821).

Un classe sacerdotale intolérante cherche à persuader que tout ce qui n’est plus connu des prêtres est faux, et un tissu d’erreurs et de nouveautés dangereuses

« Nous ne pouvions donc pas passer sous silence cette classe devenue la plus intolérante, la plus obstinée dans son système, et la plus dangereuse, puisqu’elle se glorifie quelques fois de son ignorance. Ceux qui la composent, hardis et tranchants dans leurs décisions, présomptueux dans leurs prétentions, et dominés, peut être sans s’en douter par un certain orgueil sacerdotal, qui souvent saisit les cœurs les plus humbles, qui tend à identifier leur personnes avec le sacré caractère dont elles sont revêtus, et affectent trop habilement le ton et le langage dédaigneux d’une morgue théologique, qui décèle le dépit secret d’ignorer ce qui est connu, révéré et recherché par d’autres hommes estimables, instruits et très religieux.

Ils s’abusent enfin jusqu’à vouloir persuader que tout ce qui n’est plus connu d’eux ni des professeurs de leurs premières études est faux et illusoire, et n’est qu’un tissu d’erreurs et de nouveautés dangereuses contre lesquelles on ne saurait trop se tenir en garde. Souhaitons qu’ils reconnaissent leur erreur, et qu’ils reviennent de leurs funestes préventions, qui ne peuvent que les priver pour toujours de ce qui faisait la force et la consolation de leurs prédécesseurs dans le saint ministère qu’ils exercent.

Mais nous en avons assez dit pour justifier le conseil que nous avons donné en commençant cet article, d’étudier avec soin les traditions religieuses écrites, et celles plus secrètes qui ne le sont pas. Revenons maintenant aux moyens personnels laissés à l’homme déchu de pouvoir parvenir à la connaissance si nécessaire pour lui de son Dieu et de ses œuvres, et à celle non moins importante de tous les rapports essentiels qui l’unissent à son créateur. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Cahier D 5e , Bibliothèque Nationale de Paris, 1806-1818).

Le culte n’a de valeur que parce que la Puissance Divine en est elle-même le Grand Prêtre

Christ en Croix

 

« Il y a toujours eu dans les diverses Régions de la terre, des Elus, qui ont présenté à l’Eternel en toute sainteté un encens pur et digne de lui ; comme vrais représentants de la famille humaine, au nom et en faveur de laquelle, ils imploraient la Bonté et la clémence Divine.

Et cela aurait il pu être autrement, sans que la terre, cet unique asile conservé à l’homme après son repentir, eut été changée en un affreux abîme, pour rester à jamais avec tous ses habitants en privation éternelle Divine : puisque dans cette dépravation universelle, aucun homme n’aurait pu mériter les regards du Créateur.

C’est ce qui vous a été annoncé par les Traditions, lorsque Dieu exigeait qu’il y eut au moins quelques justes dans Sodome, sur lesquels il pût reposer sa clémence. D’ailleurs, vous n’ignorez point que pour confesser le vrai culte dans l’Univers et sur la terre, une Puissance ineffable y a été envoyée par Décret de la miséricorde infinie, et qu’après avoir régénéré l’alliance entre Dieu et l’homme, elle ne cesse de vivifier dans la postérité humaine, un culte qui n’a de valeur que parce que cette Puissance toute Divine est elle-même le Grand Prêtre qui présente à l’Eternel, les offrandes pures des hommes de Désir. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Instruction des Profès, Bibliothèque Municipale de Lyon, Ms 5.475).

L’homme primitif pur n’était pas encore condamné à l’incorporisation matérielle qui fait aujourd’hui son supplice et son châtiment

« Je distingue ici l’esprit et le cœur parce que ce sont deux puissances ou facultés intellectuelles qu’il ne faut point confondre. L’esprit voit, conçoit, raisonne, compose, discute et juge tout ce qui lui est soumis.

Le cœur sent, adopte ou rejette et ne discute point; c’est pourquoi je n’ai jamais été éloigné de penser que l’homme primitif pur, qui n’avait pas besoin de sexe reproductif de sa nature, puisqu’il n’était pas encore condamné, ni lui ni tous les siens à l’incorporisation matérielle qui fait aujourd’hui son supplice et son châtiment, eut deux facultés intellectuelles inhérentes à son être, lesquelles étaient vraiment les deux sexes figuratifs réunis en sa personne, mentionnés dans la Genèse, dont les traducteurs et les interprètes ont si complètement matérialisé les expressions dans les chapitres suivants, qu’il est presqu’impossible d’y connaître aucunes vérités fondamentales.

Car par l’intelligence dont le siège réside nécessairement dans la tête, il pouvait, comme il peut encore, connaître et adorer son Créateur, et par la sensibilité qui est en lui l’organe de l’amour et dont le siège principal est dans le cœur, il pouvait l’aimer et le servir, ce qui complétait le culte d’adoration, d’amour et de gratitude qu’il lui devait en esprit et en vérité. »

Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Jean de Turckheim, 25 mars 1822.

 

La Justice de Dieu a revêtu l’homme d’un corps de matière identique à celui des animaux

« La justice de Dieu, justement irritée de l’excès d’ingratitude de l’homme qui venait d’abuser si horriblement de son amour et de ses dons, prononça un jugement effroyable contre lui, et par une suite nécessaire, contre toute sa postérité ; il le condamna à la mort dont il l’avait menacé en cas d’infidélité. Il l’expulsa et le chassa ignominieusement du centre glorieux qu’il venait de souiller, et le précipita dans les entrailles de la terre, où il fut assujetti à se revêtir d’un corps de matière, avec lequel il vint ramper sur la surface avec les autres animaux, auxquels il venait de s’assimiler.

Dans l’excès de son affliction, et excité par le conseil salutaire d’un député divin qui lui fût envoyé, il réclama la clémence du Créateur, reconnut et avoua son crime, et se soumit à l’expiation.

La miséricorde accepta son repentir, et le voyant menacé de toute la fureur de son ennemi dont il venait de se rendre l’esclave, le prit sous sa protection pour le préserver des nouveaux dangers auxquels il s’était livré ; et pour humilier plus fortement son insolent ennemi, un puissant Médiateur et Réparateur lui fût promis pour venir le réhabiliter pendant la durée des temps ; il lui a été effectivement envoyé ; il est venu, et par son sacrifice volontaire expiatoire du crime de l’homme il a rendu à la vie éternelle tous ceux qui ont voulu et qui voudront jusqu’à la fin des temps, reconnaître sa puissante médiation. »

(Jean-Baptiste Willermoz, 2ème Cahier, Réponse à la 1re Question du Frère Lajard de Montpellier du 22 mars 1818 sur l’éternité des peines).

L’Ordre ne doit point accueillir ceux qui ont une doctrine contraire à la sienne

«(Les] questions ne sont pas offertes aux candidats pour entreprendre avec eux aucune controverse sur les objets qu’elles présentent à leurs réflexions, mais pour obtenir par leur propre déclaration un témoignage certain de leur croyance ou de leur manière de penser sur des points qui sont, je ne crains pas de vous le dire, la base essentielle de la Franc-Maçonnerie.

L’Ordre, ne devant pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu’il regarde comme sa règle fondamentale, a dû, relativement à ceux qui désirent d’y être admis, établir des formes certaines pour connaître leurs vrais sentiments, et leur conformité avec ses lois, afin d’éloigner de ses assemblées tout prétexte de dispute ou d’opposition d’opinions tendant à détruire la charité, la fraternité et l’union qui doivent y régner essentiellement. 

C’est dans cette vue […] et non par aucun doute ou indifférence sur les vérités sublimes professées dans l’Ordre, que les discussions religieuses, morales et politiques, sont sévèrement prohibées parmi les frères, et qu’ils sont exhortés à ne pas craindre d’avouer hautement les vérités de la religion devant les profanes qui les rejettent, tous devant faire leurs efforts pour se rapprocher du Sanctuaire de la vérité afin d’y former avec leurs frères l’union la plus intime et la plus pure qu’il soit possible de voir parmi les hommes.»

(Jean-Baptiste Willermoz, Rituel du 1er Grade d’Apprenti, Régime Ecossais Rectifié, 1802).